Effets de la stérilisation sur le comportement

stérilisation et comportement

La castration, stérilisation, est un sujet controversé, qui fait couler beaucoup d’encre. Les avis divergent sur les effets physiologiques de la stérilisation, positifs et nocifs, mais l’opinion générale est qu’elle est recommandable, que les avantages surpassent les inconvénients et que, de toute façon, il faut limiter la reproduction pour éviter la surpopulation. Mais qu’en est-il sur le comportement ?

Sur les comportements sexuels

Chez le mâle
Le comportement sexuel chez le mâle ( l’érection, la monte, l’intromission et l’éjaculation) peut être attribué à la présence des androgènes. Plusieurs hypothèses ont été émises concernant le lien exacte entre la présence des hormones sexuelles et la mise en place de ces comportements (action directe sur les centres nerveux, ensemble de modifications physiologiques et morphologiques, etc.).
– Dans l’espèce féline
L’apparition du comportement sexuel dépends des hormones gonadiques, mais également de l’expérience préalable d’accouplement et de la présence de stimuli dans l’environnement. Ainsi, chez ces individus stérilisés précocement on observe une capacité réduite à développer un comportement sexuel : seul un individu sur 13 a montré des signes de comportement sexuel (monte seule). La persistance des comportements est plus longue dans le cas des chats ayant déjà eu des expériences sexuelles. La disparition des hormones sexuelles conduit à des modifications morphologiques qui pourraient expliquer, en partie seulement, la disparition de ces comportements. Ainsi l’aspect infantile du pénis a été suspecté comme responsable d’une perte plus rapide des capacités d’érection, mais cela n’a jamais été démontré.
– Dans l’espèce canine
A l’inverse, chez le chien mâle, aucune différence significative entre les individus expérimentés et non expérimentés du point de vue des performances sexuelles a été établie : le comportement sexuel est sensiblement le même entre les individus castrés précocement et les mâles entiers. La réaction de la femelle en chaleur est également identique quel que soit le statut de stérilisation du mâle. La seule différence réside dans le fait que les individus castrés précocement ne parviennent jamais à « coller » avec la femelle, ce qui peut être attribuée à la taille réduite du pénis, et le réflexe d’éjaculation est diminué.
Chez des chiens castrés à l’âge adulte, le comportement de monte (sur des congénères ou des humains) a été réduit suite à la stérilisation dans 67% des cas (réduction plus marquée dans le cas de la monte de personnes).
Attention néanmoins car le chevauchement n’est pas toujours un comportement sexuel et qu’il peut être observé, en moindre proportion chez la chienne.

En général, la castration réduit les comportements sexuels de chevauchement sur les personnes dans 57% des cas, sur les chiens mâles dans 43%, sur les chiennes dans 41% et sur les objets dans 26%, avec 5% de cas d’augmentation.
Par contre 6% des chiens mâles castrés devenaient sexuellement attractifs pour les chiens mâles intacts.
Le nombre de chiens réalisant du vagabondage sexuel (en présence d’une chienne en chaleurs) était réduit dans 64% et pour les autres causes (chasse, …) de 16%
Le marquage urinaire dans la maison était réduit dans 50 à 69% des cas, et dehors dans 0 à 23% des cas.

Chez la femelle
Les comportements sexuels chez la femelle sont liés au cycle sexuel. On observe lors de l’œstrus des chevauchements, des fugues (recherche du mâle), des vocalises ou des positions de lordose (chatte surtout) et une déviation de la queue.
La stérilisation, quel que soit l’âge auquel elle est pratiquée, conduit à la disparition des comportements purement sexuels de manière quasiment systématique par suppression du cycle œstral chez la femelle.
Mais qu’en est-il pour les autres comportements ?

Sur les comportements agressifs

Lors d’agressions entre chiens mâles, la castration permet une diminution de l’agressivité dans 60 % des cas, essentiellement quand ils se battent en présence d’une femelle. Dans toutes les autres formes d’agressivité, en particulier celles vis-à-vis de la famille et des étrangers, la stérilisation a une efficacité faible (environ 10 %). Elle peut donc être raisonnablement conseillée face à un problème entre mâles en présence d’une femelle, en émettant un certain nombre de réserves, puisque 40 % des chiens resteront agressifs. Pour toutes les autres causes d’agressivité, mieux vaut éviter de s’engager quant au résultat escompté.

La stérilisation de la chienne ne permet pas de diminuer son agressivité. En effet, si la chienne a un comportement agressif avant la stérilisation, il y a une chance sur deux d’exacerber ce comportement alors qu’il diminue si la chienne reste entière . Une étude sur des femelles Berger allemand a montré une augmentation significative de l’agressivité des chiennes stérilisées par rapport à celle des chiennes entières.

En revanche, la stérilisation peut être une solution pour la chienne qui montre des agressions cycliques au moment des chaleurs, vis-à-vis des autres chiens ou des propriétaires. Les grossesses nerveuses, au cours desquelles la chienne affiche une agressivité parfois sévère, en particulier vis-à-vis des enfants, constituent également une indication pour la stérilisation. En outre, le vétérinaire peut la conseiller chez les chiennes qui présentent un syndrome de privation ou d’hypersensibilité/hyperactivité (HS/HA), dans la mesure où ce type d’animal n’est pas apte à la reproduction. Cette indication peut aller à l’encontre d’une autre idée reçue, selon laquelle une chienne avec ce type de trouble comportemental sera “assagie” par la maternité. En réalité, dans le meilleur des cas, les chiots deviennent également hyperactifs, dans le pire, la chienne les tue en jouant avec !

La gonadectomie ne doit pas avoir pour but de résoudre ou de prévenir des problèmes d’agressivité. Bien au contraire, ces résultats pointent le fait que, sous certaines conditions, elle peut même entraîner une augmentation du niveau d’agressivité.
partipoodle

Sur les comportements de marquage

Le marquage urinaire est un comportement normal qui correspond à une forme de marquage olfactif territorial. Il apparaît généralement à la puberté et est influencé à la fois par des facteurs endocriniens et environnementaux
Dans l’espèce féline
Le marquage se manifeste par un jet d’urine sur une surface verticale et s’observe plus fréquemment chez les mâles.
  • Pour des chats et chattes stérilisé(e)s entre 6 et 10 mois d’âge, du marquage urinaire a été montré chez 5% des femelles et 10% des mâles.
    Les mâles vivant en présence d’autres femelles étaient plus enclins à avoir ce type de comportement.
  • Chez des chats castrés à l’âge adulte, une diminution rapide, dans les 2 semaines, suivant la stérilisation du comportement de marquage urinaire a été observée dans 78% des cas et une disparition progressive dans 9% des cas.
  • Chez les chattes, le marquage urinaire est plus fréquent lors des périodes d’œstrus ou lorsque plusieurs individus vivent sous le même toit. Il diminue après l’ovariohystérectomie ou la réduction de nombre de chats dans la maison.
Dans l’espèce canine
Chez le chien mâle, une étude a montré une diminution du comportement de marquage urinaire dans 50% des cas, de manière rapide ou progressive suivant la castration réalisée à l’âge adulte. De plus, les propriétaires ont rapporté une diminution seulement à l’intérieur de l’habitation, tandis qu’à l’extérieur et dans des lieux inconnus le marquage persistait. Ceci serait attribuable au fait que les stimuli olfactifs présents dans l’urine d’autres chiens seraient plus intenses en extérieur. La stérilisation semble diminuer le marquage urinaire mais l’âge de la gonadectomie ne semble pas avoir d’influence.
Les petits chiens marquent plus souvent que les chiens de format moyen ou grand. Une étude a même montré que, proportionnellement à leur taille, les petits chiens lèvent la patte beaucoup plus haut que les grands chiens, jusqu’à parfois manquer de tomber. Ce comportement pourrait s’interpréter comme le désir de « tricher » sur leur taille, en laissant un message erroné à des congénères plus grands qui viendraient fréquenter les lieux, probablement en vue de prévenir les conflits.
Lorsqu’un chien « marque » beaucoup un territoire connu et/ou devient malpropre à la maison, il peut s’agir d’un signe d’anxiété qu’il ne faut pas ignorer. De même, il est évidemment anormal qu’un chien lève la patte sur des humains ! Les comportementalistes parlent ici « d’élimination sociale«  plutôt que de marquage.

La stérilisation diminue le marquage urinaire mais l’âge de la gonadectomie ne semble pas avoir d’influence. Il faut cependant souligner qu’il faut tenir compte de la différenciation entre le marquage urinaire, la malpropreté liée à un stress, ou des problèmes de santé comme la polyurie, la dysurie, la pollakiurie, ou encore l’incontinence urinaire et ce n’est pas toujours évident.