Effets physiologiques de la gonadectomie

Effets physiologiques de la stérilisation

La castration, stérilisation, est un sujet controversé, qui fait couler beaucoup d’encre. Les avis divergent sur les effets physiologiques de la stérilisation, positifs et nocifs, mais l’opinion générale est qu’elle est recommandable, que les avantages surpassent les inconvénients et que, de toute façon, il faut limiter la reproduction pour éviter la surpopulation. Voici quelques exemples du bénéfice ou non de la stérilisation.

Sur la longévité

De nombreuses études ont montré que les chiens stérilisés, aussi bien mâles que femelles, ont généralement une espérance de vie plus longue que les chiens non stérilisés avec une augmentation de la longévité de 14% à 18% chez les mâles et de 23% à 26% chez les femelles.
Néanmoins, ces résultats ne se retrouvent pas dans des études plus limitées, ciblées sur des races particulières : pour certaines races, la stérilisation des femelles est corrélée avec une augmentation significative de longévité, alors que ce n’est pas le cas chez le mâle mais pas pour d’autres races, où il n’y a aucune différence sur la longévité des chiens stérilisés par rapport aux chiens intacts. D’autres études ont montré que les chiennes stérilisées à un âge plus avancé, après 4-5 ans, vivent en moyenne 1 à 2 ans de plus que celles stérilisées plus jeunes.
Pourquoi ce différences ? De part les limitations et biais dans les données,  les populations de chiens intacts et stérilisés ne sont pas identiques : il peut y avoir d’autres causes, non étudiées, pour la modification de la longévité : l’âge de la stérilisation (les chiens sont considérés stérilisés ou intacts à l’âge de leur mort, et non pas à l’âge de stérilisation), le nombre de reproductions, la qualité des soins aux chiens, etc. 

Sur l’obésité

Après la stérilisation, on estime une baisse des besoins énergétiques (BEM*)  d’environ 10-25% chez les chiens stérilisés. 
47% des chiens mâles castrés (comme tentative de traitement) pour des problèmes de comportement prennent du poids, 25% ont un appétit augmenté, et 21% une activité réduite.
L’âge de la stérilisation a une influence : le risque est de 2,2 si la castration a lieu avant 1 an, 1,8 entre 1 et 2 ans, 1,4 entre 2 et 3 ans, et se réduit avec l’âge de gonadectomie.


Les chiens obèses ont une espérance de vie réduite de 2 à 3 ans en moyenne par rapport aux chiens de poids normal. En effet, l’obésité est un facteur favorable à de nombreuses maladies immunologiques, métaboliques et dégénératives et réduit la longévité du chien :

  • Problèmes articulaires et orthopédiques (arthrose, dysplasie de la hanche, etc.)
  • Maladies cardiaques et respiratoires
  • Diabète
  • Hypertension artérielle
  • Certains types de cancer
Il est donc essentiel de maintenir un poids idéal chez son chien à travers une alimentation équilibrée et adaptée à ses besoins et une activité physique régulière.
partipoodle
* Qu’est ce que le BEM
Les besoins énergétiques de maintenance (BEM) représentent l’énergie nécessaire pour maintenir les fonctions vitales de l’organisme d’un chien au repos et en bonne santé.
Ils varient selon plusieurs facteurs :
  • Taille et poids du chien : les chiens de plus grande taille ont généralement des BEM plus élevés que les petits chiens.
  • Âge : les chiots et les chiens âgés ont des BEM plus importants que les chiens adultes.
  • Activité physique : les chiens actifs ont des BEM plus élevés que les chiens sédentaires.
  • Température ambiante : les chiens ont des BEM plus importants dans des environnements froids.
  • État de santé : les chiens malades ou blessés ont des BEM plus élevés.
En moyenne, les BEM des chiens adultes en bonne santé se situent dans les fourchettes suivantes :
  • Chiens de petite taille (moins de 25kg) : 80-130 kcal/jour
  • Chiens de taille moyenne (25−45kg) : 150-300 kcal/jour
  • Chiens de grande taille (plus de 45 kg) : 300-500 kcal/jour

Sur les tumeurs des gonades

Les tumeurs testiculaires font partie des tumeurs les plus fréquentes chez les chiens mâles non castrés, environ 25%. L’incidence la plus élevée s’observe chez les chiens d’âge moyen à âgés (9 à 11 ans en moyenne).

Dans le cas de cryptorchidie, il est généralement conseillé de procéder à la castration avant que le chien atteigne l’âge de 5 ans pour minimiser le risque cancéreux.

Les tumeurs de l’ovaire sont rares et représentent 0,5 à 1,2 % des tumeurs de la chienne. Elle touche principalement les sujets adultes ou âgées, sauf les tératomes qui touchent les jeunes chiennes.
L’ovario-hystérectomie est un moyen efficace de prévenir ou de traiter le cancer des ovaires en éliminant directement la tumeur et en empêchant sa propagation.

les tumeurs mammaires

Les tumeurs mammaires sont les tumeurs les plus fréquentes chez la chienne : elles représentent 45 à 50% des tumeurs.

Depuis près de 40 ans, de nombreuses publications ont montré que les femelles stérilisées étaient moins susceptibles de développer ce type de cancer que des femelles entières. De plus, la plupart des études ont montré que plus la stérilisation était précoce, plus ce risque était réduit : en cas d’ovariectomie avant le premier œstrus, le risque de développer une tumeur mammaire est de 0,5 %, puis de 8 % si la stérilisation est réalisée après le premier œstrus et de 26 % après le deuxième œstrus
Il a ainsi été admis que la gonadectomie, en empêchant l’exposition prolongée du tissu mammaire aux hormones ovariennes, avait un effet protecteur.

La protection du cancer mammaire par ovariectomie précoce est un des arguments, probablement l’argument principal, de recommandation vétérinaire pour la stérilisation des chiennes..

Les ostéosarcomes

Les sarcomes ostéogènes constituent 80 % de toutes les tumeurs osseuses du chien, soit environ 4 % des tumeurs canines. Les ostéosarcomes canins et humains ont de nombreuses caractéristiques cliniques et pathologiques en commun. Des études épidémiologiques ont fourni des données intéressantes : les races canines de grande taille sont sujettes à un risque accru de sarcome osseux primitif, probablement jusqu’à trente fois supérieur à celui des chiens de petite taille. Ces données suggèrent que la taille corporelle, le poids ou le taux de croissance peuvent agir comme facteurs de développement du sarcome osseux
Une étude de cas-témoins multi-races sur les facteurs de risques d’ostéosarcome a démontré que les chiens stérilisés (mâles ou femelles) avaient deux fois plus de risques de développer un ostéosarcome que les chiens entiers. la stérilisation des chiens avant l’âge d’un an est associée à un risque significativement accru d’ostéosarcome.

Compte tenu du mauvais pronostic de l’ostéosarcome et de sa fréquence dans de nombreuses races, la stérilisation des chiens immatures chez les races moyennement grandes, grandes et géantes est apparemment associée à un risque important et élevé de décès dû à l’ostéosarcome.

Le TVTC

Dans les cancers canins, il existe le sarcome de Sticker ou tumeur vénérienne transmissible canine (TVTC) qui siège sur les organes génitaux externes des chiens et animaux apparentés, chez le mâle ou la femelle. Il se transmet par voie sexuelle, par transfert de cellules cancéreuses, le plus souvent lors de l’accouplement.

La maladie étant majoritairement sexuellement transmissible, la stérilisation limite drastiquement le TVTC.

Le pyomètre

L’utérus est un organe sensible aux affections. Le risque de tumeur est faible, mais le risque d’infection est important. La probabilité de pyomètre augmente avec l’âge de l’animal, quelles que soient sa race et sa taille, entre 15 et 28% des chiennes, avec une prépondérance des chiennes âgées entre 6 et 8 ans et des nullipares.

Une hystérectomie préventive permet de supprimer ce risque ; ce n’est pas le cas de l’ovariectomie.

Sur la prostate

L’hyperplasie bénigne de la prostate HBP est l’augmentation de la taille de la prostate causée par une prolifération (hyperplasie) des cellules dans la prostate.
Il s’agit d’une affection très fréquente du chien mâle entier, avec une augmentation de la prévalence avec l’âge. En effet, elle concerne 40 à 50% des chiens âgés de 2 à 3 ans et jusqu’à 95% des chiens de plus de 8 ans.
 
Le carcinome de la prostate représentent moins de 3% de l’ensemble des affections prostatiques du chien.
Ces cancers surviennent en général entre l’âge de 8 à 11 ans. Ils entraînent les mêmes symptômes que l’HBP et le diagnostic différentiel est parfois délicat. Chez les chiens castrés le risque de développement d’une tumeur prostatique maligne est multiplié par 2,4 à 4,3. 

La castration réduit le risque d’hyperplasie bénigne de la prostate, maladie fréquente mais bénigne, et augmente le risque de cancer de la prostate, maladie rare mais maligne et létale.

Sur les organes génitaux externes

A la puberté, des caractères sexuels secondaires apparaissent sous l’influence des hormones sexuelles. Ayant lieu avant la maturité sexuelle, la stérilisation précoce empêche donc l’apparition de certaines modifications anatomiques chez nos carnivores domestiques, notamment au niveau de l’appareil génital externe.
* La castration retarde la rupture du frein préputial :  l’impossibilité d’extérioriser entièrement le pénis entraîne des difficultés mictionnelles, une rétention d’urine dans le fourreau susceptible de provoquer une balanoposthite (inflammation du gland et du prépuce). 
* La taille du pénis est fortement diminué. Le pénis des chiens stérilisés à 7 semaines est immature comparé à celui des chiens stérilisés à 7 mois ou entiers.
* La taille de la vulve est elle aussi de taille inférieure à celle d’une femelle non stérilisée.
Chez la chienne, la dermatite périvulvaire est favorisée en cas de vulve encapuchonnée ou suite à une prise de poids car le tissu recouvrant partiellement la vulve favorise la rétention d’urine, l’inflammation, et la croissance bactérienne. Lorsque le développement de la vulve est stoppé, cette dernière peut rester enfouie dans les plis périnéaux. La stérilisation est alors un facteur de risque accru.

En conclusion, pour un développement correct des organes sexuels externes, il est préférable de ne pas gonadectomiser avant l’âge adulte

Sur le système urinaire

Les calculs urinaires ou urolithiases sont des amas de cristaux naturellement présents dans l’urine du chien, se formant dans la vessie et pouvant descendre dans l’urètre. Ceux-ci peuvent obstruer les voies urinaires et ainsi être à l’origine de douleurs et de lésions graves notamment rénales. Les blocages urinaires qui sont des urgences vitales.
Le nombre de cystites est 2,7x plus fréquentes pour les chiens stérilisés avant l’âge de 5,5 mois, par comparaison à ceux stérilisés après 5,5 mois.

L’incontinence urinaire constitue une affection fréquente de la chienne stérilisée et jugée gênante par les propriétaires.
Le risque d’incontinence urinaire est de 0 à 1% chez les chiens et chiennes intacts. Le risque après gonadectomie est de 5 à 20%, et monte à 60% chez le boxer ; le risque augmente avec le poids du chien : les chiens pesant plus de 20 kg ont un risque 7 fois plus grand de souffrir d’incontinence urinaire. Le risque est le même après ovariectomie ou ovariohystérectomie : les problèmes viennent bien de l’ablation des ovaires.

Le propriétaire devrait donc  être informé avant de prendre la décision de la stérilisation, l’incontinence urinaire constitunt une affection fréquente de la chienne stérilisée et jugée gênante par les propriétaires.

les pancréatites aigûes

Une étude a mis en évidence que les mâles et les femelles stérilisées semblaient avoir un risque accru de développer une pancréatite aiguë mortelle, par rapport aux femelles sexuellement intactes. Les facteurs alimentaires (l’ingestion d’aliments inhabituels) et une intervention chirurgicale antérieure autre que la stérilisation augmentent les risques de pancréatite chez les chiens.
Le risque de développer une pancréatite aiguë mortelle était accru par l’embonpoint, le diabète sucré, l’hyperadrénocorticisme, l’hypothyroïdie, une maladie gastro-intestinale antérieure et l’épilepsie.

 

La gonadectomie, en corrélation avec d’autres facteurs,  serait un facteur de risque de décéder d’une pancréatite aiguë pour les femelles, mais pas pour les mâles.

le diabète

Le diabète (ou diabète sucré) correspond à une élévation permanente du taux de sucre dans le sang (hyperglycémie). 
Il existe plusieurs formes de diabète sucré chez le chien, la plus fréquente étant le diabète de type II
L’incidence du diabète sucré est de 0,5% à 1,2% chez le chien. Il est 2 à 3 fois plus fréquent chez la femelle que chez le mâle. Le risque est 2 fois plus grand chez les chiens stérilisés que chez les chiens intacts, et ce risque est indépendant de l’état d’obésité du chien. Néanmoins, l’obésité est incontestablement une cause favorisante très importante. Le diabète sucré touche plus souvent les animaux entre 6 et 10 ans.

 

Chez la chienne non castrée, les variations hormonales liées aux chaleurs sont des circonstances favorisantes et ne permettent pas de stabiliser la glycémie. C’est la raison pour laquelle une ovario-hystérectomie est indispensable à une bonne stabilisation d’un diabète sucré.

l’hypothyroïdie

Les hormones sexuelles activent la synthèse et la sécrétion des hormones thyroïdiennes. La gonadectomie augmente le risque d’hypothyroïdie de 30%.
Certaines races présentent une prédisposition comme : Airedale terrier, Beagle, Bulldog anglais, Caniche, Chow chow, Cocker spaniel, Doberman, Golden retriever, Poméranien, Setter irlandais, Schnauzer miniature, Shar-Peï, Shetland, Teckel, …

 

L’hypothyroïdie se soigne facilement avec un apport supplétif de l-thyroxine. On pourrait envisager de faciliter l’action de la T4 par un apport de testostérone, chez les chiens castrés. Cependant, il faudrait éviter la gonadectomie des chiens des races prédisposées à l’hypothyroïdie.

la dysplasie de la hanche

La dysplasie de la hanche (analysée sur radiographie) est fréquemment asymptomatique, seulement 10 à 15% font une demande clinique. La gonadectomie, particulièrement prépubertaire, augmente par 2 le risque de Dysplasie des Hanches symptomatique et accélère l’évolution de l’affection. L’incidence de la dysplasie des hanches augmente avec l’obésité (et est réduite chez les chiens maigres ou quand les chiens maigrissent). Et nous avons vu que la gonadectomie est corrélée avec une augmentation par 2 du risque d’obésité, ce qui n’est certainement pas favorable à la santé des hanches.
Les chiens de plus de 20kg sont plus à risque de développer un ou plusieurs troubles articulaires s’ils sont stérilisés avant l’âge d’un an :
– Pour les chiens de taille standard stérilisés, le risque de développer un trouble articulaire est de 5% pour les mâles et de plus de 12% pour les femelles. Pour les chiens entiers, ce pourcentage descend à 1% pour les mâles et 4% pour les femelles ;
– Pour les chiens mâles de plus de 40 kg stérilisés avant 6 mois, le risque est de 28%, contre 9% pour les mâles entiers. Ce risque n’augmente pas pour les femelles stérilisées de cette catégorie.
Il est dès lors conseillé de ne pas gonadectomiser, ou au moins de ne pas castrer avant la fin du développement ostéoarticulaire, les chiens des races prédisposées.

la rupture des ligaments croisés

Seules 20% des ruptures sont attribuables à un traumatisme chez le chien et la cause réelle de rupture de ligament croisé n’est pas élucidée chez le chien; la génétique, la conformation, l’environnement, l’immunité, l’inflammation, l’obésité sont autant de facteurs prédisposants. Les labradors, les rottweilers et les terre-neuve présentent un risque de se rompre un ligament croisé, de 3 à 7 fois supérieurs aux autres chiens.
 
Comme pour les autres affections articulaires, la rupture des ligaments croisés n’échappe pas à l’effet de la gonadectomie, avec une incidence accrue de 2 à 7 fois suivant l’âge de gonadectomie et la race..

Sur le système immunitaire

Six maladies auto-immunes évaluées dans une étude américaine s’avèrent plus fréquentes chez les chiens stérilisés, soutenant le concept que la stérilisation peut avoir un impact néfaste sur la santé.
Cette étude a évalué la prévalence et le risque de dermatite atopique (ATOP), d’anémie hémolytique auto-immune (AIHA), de myasthénie grave canine (CMG), de colite (COL), d’hypoadrénocorticisme (ADD), d’hypothyroïdie (HYPO), de polyarthrite à médiation immunitaire (IMPA), de thrombocytopénie à médiation immunitaire (ITP), de maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), de lupus érythémateux (LUP) et de complexe pemphigus (PEMC), pour les femelles intactes, les mâles intacts, les femelles stérilisées et les mâles stérilisés. Le pyomètre (PYO) a été évalué comme condition témoin.
Les chiens stérilisés présentaient un risque significativement plus élevé d’ATOP, d’AIHA, de TDA, d’HYPO, de PTI et de MII que les chiens intacts, les femelles stérilisées étant plus à risque que les mâles stérilisés pour tous les problèmes sauf l’AIHA et le TDA. Les femelles stérilisées, mais pas les mâles, présentaient un risque significativement plus élevé de LUP que les femelles intactes. Le pyomètre présentait un risque plus élevé pour les femelles intactes.

 

La stérilisation est associée à un risque accru de certaines maladies auto-immunes et soulignent la nécessité pour les propriétaires de consulter leur vétérinaire avant la stérilisation afin d’évaluer les avantages et les risques possibles associés à une telle procédure..